Tuesday, July 24, 2012

Jeu sur l'Histoire du Sri Lanka par Sophie Armache et Ralph Doumit


Ma Bonne par Zalfa Naufal

Les employees de maison dans notre pays sont a plaindre. Passeport confisque, chambre a coucher pour schroumpfette, maitresse de maison insatisfaite, enfants pourris-gates; il est dur de frotter les cuvettes de WC dans ce cher pays ou se faire verser un verre d’eau sur un plateau est considere comme un signe de succes. “Ma bonne”, disent-elles, en plus. Non seulement contente d’utliser un terme pejorative, elles considerent l’employee comme une propriete. De plus, l’employee de maison n’a souvent pas droit a un jour de conge/sortie car les employeurs craignent des rencontres avec le sexe oppose. Elles sont donc prier de pratiquer l’abstinence. A ce prix-la, le couvent serait plus folichon.


Tout cela dit, une question qui en dit long sur notre culture est a poser: Pourquoi ne trouvent-on pas des employees de maison libanaise

Yes Madam par Mademoiselle Mirza


Qui a des qualités conformes a ce qu’on attendait de lui

Généreux, qui fait le bien
Altruiste

Ca, c’est dans Wiktionnaire. Dans le petit Larousse illustré : itou. Nulle part je n’ai lu esclave. Qu’on exploite. A qui on confisque le passeport. A qui on interdit de se servir dans le frigo. Qu’on enferme a clé quand on sort, de peur que –la garce !- ne reçoive son mec ou un voleur. « Mais !? et s’il y avait le feu ? » « Qu’elle crève, mais qu’on ne touche pas a mes bijoux ! ».

Ma bonne ? Elle m’a élevée. Elle m’a nourrie lorsque je criais : « Aminaaaa ! Cerelac ! ». Elle garde mes enfants ; c’est elle qui supporte leur sale caractère. Elle me masse le cou quand j’ai passé une mauvaise journée.

Elle est ma mère, mon infirmière, ma béquille.

Merci Chandra, Amina, Lata, Maria… et toutes les autres.

merci.
et pardon.

Histoire d’une cohabitation éphémère par Valérie Cachard



Les personnes qui décident de recourir aux services d’une femme de ménage à domicile sont bien curieuses. Elles ne se posent jamais les bonnes questions. Elles s’emparent plutôt d’une calculette et alignent des chiffres en majuscule sur une grande feuille blanche. Les prix du contrat, des billets d’avion, des salaires mensuels, de la nourriture supplémentaire, des deux  tabliers/pantalons avec la petite jaquette assortie et les sabots blancs d ‘infirmier qui vont avec. Dans la marge, elles mettent plusieurs solutions pour amortir la dépense : l’exploiter 20 heures sur 24h par exemple, la prêter lors de diners à des amis, la louer aux voisins afin qu’elle promène  leur chien, lui faire laver tout le linge à la main (après tout elle en a l’habitude)…

Sur cette même feuille, jamais elles ne dessinent la place, la proportion d’espace que cette nouvelle venue occupera. Jamais (ou si peu)  elles ne s’emparent de la même calculette pour évaluer le pourcentage d’intimité qu’elle va partager. Et c’est cela le plus curieux. Décider de vivre avec quelqu’un n’est pas une décision anodine. Lui ouvrir grand les portes de son chez-soi, lui offrir toute son intimité sans lui poser la moindre question intime est bien étrange. Elles se contentent de gratter la surface : elles apprennent sa religion, son âge, le nombre d’enfants qu’elle a. Elles lui demandent si elle parle anglais ou si elle a déjà travaillé dans une maison. Elles ne cherchent pas à savoir quelle est sa couleur préférée afin de repeindre les murs de sa chambre (si elle en a), quelle est la chose qu’elle déteste le plus au monde ? Si elle a  déjà eu un fou rire, ou si elle est allergique à certains produits, quel est son état d’esprit actuel ? A quoi ressemble son lieu d’habitation ?  A-t-elle pleuré à l’aéroport en  quittant sa famille ?

Au cours de cette cohabitation elles ne se gêneront jamais pour lui dire ce qu’elles pensent d’elle et de sa manière de faire. Mais jamais elles ne lui demanderont ce qu’elle pense d’elles et de leur manière de faire. Pourtant elles vivent ensemble. Et la femme de ménage pense certainement des tas de choses.

Moins de choses la patronne saura à son propos, plus la femme à tout faire se fondra dans le décor et plus elle en apprendra. Vous  verrez rarement votre femme de ménage manger, pleurer, rêver, se mettre en colère ou tomber amoureuse. Elle saura à votre manière d’ouvrir le frigo et de vous jeter ou pas sur le plat qu’elle a préparé et réchauffé à quoi vous pensez. Jamais vous n’envisagez de remplacer votre psy par votre femme de ménage, pourtant vous y gagnerez beaucoup. La bonne âme est déjà là, 20h/24 (pas besoin donc de se déplacer), déjà payée et déjà à l’écoute si vous avez juste envie de vous allonger sans parler. De plus elle est vraiment au cœur des choses les plus intimes, puisque c’est elle qui trempe ses mains dans votre linge sale.
Mais au fond, il  est tellement plus simple de se dire qu’une femme qui dit oui 127 fois par jour n’a ni amour-propre, ni sentiment, de se dire qu’à force de s’échiner sur des tâches répétitives elle n’a pas d’opinion, un peu comme si elle n’avait pas vraiment d’existence propre. Un peu comme si son existence se résumait aux tâches que pouvaient effectuer ses mains :  laver, torcher, essuyer, découper, repasser, récurer, coudre, planter, arroser, payer, coiffer, habiller, brancher, éplucher, vider, remplir, ouvrir, fermer, blanchir, retrouver, cacher, dresser, brosser, débrancher, remonter les interrupteurs, tenir, poster, changer une ampoule, raccommoder, décrocher, redresser, raccrocher, ranger les habits d’hiver, les habits d’été, ranger les sacs plastiques, faire le tri des poubelles parce qu’il vous pousse des idéaux écologiques, balayer, effacer, ramasser, enlever, poser, porter…

Vous la félicitez rarement pour son apprentissage rapide ou pour son aisance à glisser dans toutes les chemises que vous lui faites endosser : celles des couturière, cuisinière,  plombière, peintre en  bâtiment, vétérinaire, gestionnaire quand vous lui confiez le budget courses du mois, spécialiste en gériatrie et en petite enfance, coiffeuse, esthéticienne, jardinière, fleuriste, traductrice, mémoire des habitants de la maison, témoin auquel on fait appel lors de dispute de famille,  3e œil en quelque sorte.
Jour après jour, votre vie glisse entre ses mains, elle vous gère alors que vous croyez la gérer. Et malgré cela, elle reste remplaçable, échangeable contre n’importe laquelle de ses congénères, et vous ne manquerez pas de le lui rappeler à la moindre manifestation de ce que vous interprèterez comme de l’ingratitude.
C’est pourtant vous les ingrats dans cette jolie histoire de cohabitation. Après lui avoir  ouvert grand les portes de votre foyer, vous les lui refermez au nez sans vraiment vous être intéressés à elle pendant ces deux, trois ou cinq ans. 
Votre  connaissance de son pays se réduit encore au nom de la capitale, à une certaine idée de la misère, aux tremblements de terre, aux catastrophes naturelles type tsunami et aux guerres dans le nord ou le sud selon les pays. Elle par contre, aura appris les noms de ceux qui vous gouvernent, les noms de ceux qui meurent en martyr, les noms de vos chanteurs populaires que vous ne connaissez parfois pas et elle vous aura parlé des lieux dans lesquels elle va se promener le dimanche (quand cela est permis), des lieux où vous n’avez jamais les pieds, elle connaitra le calendrier des congés et grèves annuels par cœur, elle aura appris l’arabe, un peu le français aussi si cela vous fait plaisir. Elle vous aura accompagné manifester quand vous vous étiez déclaré pro-untel et n’aura pas hésité à vous suivre quand vous aviez changé de camp. C’est elle aussi qui aura toujours porté le drapeau.
Elle vous aura toujours dit  oui en bougeant la tête dans tous les sens, un peu dans un mouvement d’infini, car la société dont elle est issue la condamne à un oui éternel par amabilité, par culture, par besoin surtout.

Malgré toutes ces preuves d’adaptation et de fidélité vous l’avez quand même congédié sans remords. Et pendant que vous attendez que l’on vous livre la prochaine, installée confortablement dans votre canapé, vous sirotez un café moins bon que d’habitude car vous ne savez plus vraiment comment le faire.  Vous vous saisissez d’un magazine féminin et vous jetez sur la page bien-être dont le titre alléchant vous a poussé à acheter ladite revue : Comment apprendre à dire non en quinze conseils ?  Je suis gentille mais là c'est non!



Domesticité et sous-traitance par Alexandre Medawar


Étrange pays que le Liban.
Beaucoup de natifs d'ici s'en vont ailleurs, depuis plusieurs siècles, chercher une meilleure vie en offrant leur service et leur savoir-faire en matière transactionnelle. Yes Mister ! Yes Madam ! Very good price for you !
Beaucoup de natifs d'ici, qui restent ou reviennent, des plus aisés aux moins nantis, font venir des natifs d'ailleurs pour faire toutes sortes de besognes qui semblent échapper soit à leur capacité physique, soit à leur dignité ou encore à leur entendement, sans que cela leur coûte trop cher. Yes Mister ! Yes Madam ! My country is so poor I will work for you very cheap !
Reste évidement une troisième catégorie de Libanais qui n'ont ni visas ni les moyens, ou tout simplement qui ont appris à se cuire un œuf, à faire leur lit et à se torcher le cul tout seul. Mais c'est une minorité. Et les minorités, elles ont qu'à aller voir en Syrie si j'y suis. 

Dis autrement, beaucoup de Libanais s'en vont trouver pitance ailleurs car ce pays remplis d'arabes teigneux venus des quatre coins de l'empire ottoman et divisés en confessions diverses ne leur a jamais offert un avenir radieux. Sauf pour ceux qui se sont bien arrangé avec les Ottomans (suivez mon regard sur la bande des Sheikh, des Amir et d'autres nobliaux de la perception de la taxe...), puis ceux qui se sont bien arrangé avec les Français (suivez toujours mon regard sur ces chiens d'infidèles devenus fonctionnaires et wakils...) puis enfin ceux qui se sont bien arrangé avec leurs copains lors des distributions des sièges politiques et des budgets étatiques (suivez encore mon regard sur les épiciers du communautarisme...). Ajoutons à la liste des mecs pas pressé de partir voir ailleurs si l'odeur de la ficelle des strings des danseuses du carnaval de Rio sent la rose ou le jasmin : les patriarches, les sayeds, les muftis et leur cohorte de joyeux valets locaux qui ont le doigt sur la gâchette et roulent en 4x4 à vitres fumées. Quand on a les clefs de la prison, on a assez peu de raison de se faire la malle.

Certains des Libanais qui s'en vont trouver un avenir radieux ailleurs offrent leurs services d'intermédiaires plus ou moins cultivés aux riches et aux puissants des pays du Golfe ou d'Afrique de l'Ouest. Yes Mister ! Yes Madam ! Give me a lot of money and I will do whatever you want without questioning ! Après, ils peuvent parfois rentrer au Pays avec beaucoup d'argent, faire de l'immobilier, du commerce de diamants, de la politique, éventuellement avoir leur propre milice, et construire des villas avec des colonnes doriques en plâtre. C'est assez chic aux yeux des cueilleurs de pommes et des chauffeurs de taxi. Et ça nous change du style phénicien.
Les autres Libanais qui s'en vont trouver un avenir radieux ailleurs, aux Amériques, en Europe ou en Australie, trouvent un job, changent de nationalité, éventuellement font une brillante carrière grâce à leur compétence qui ne trouvait preneur entre Tripoli et Tyr. Au pire, il font commerce de voiture allemandes d'occasion ou vendent des falafels, ce qui est assez honorable. Yes we can ! Merci et bravo.

On en dira pas autant pour les natifs d'ici qui sont ici et qui font venir des natifs d'ailleurs pour faire les Yes Mister ! Yes Madam !  chez eux et dans leurs lieux de commerce. Aujourd'hui, fini la domesticité à grand-papa où on amenait des jeunes-filles des villages pauvres du pays pour frotter les carreaux de la cuisine à quatre pattes, couper finement le persil pour le taboulé, dépuceler les adolescents de la maison et, en bonus, faire quelques avortements en cachette après que le mari ait fait un peu d'exercice testiculaire quand madame était chez le coiffeur.

Aujourd'hui, la domesticité fonctionne comme l'industrie alimentaire. L'origine de la main d'œuvre est mondialisée, a ses lucratives filières et ses tarifs variables qu'on négocie chez les agents locaux plutôt louches, selon la couleur de peau, les capacités linguistiques et l'expérience du ou de la préposée aux tâches ingrates. Dans le plus grand mystère. Essayez de savoir pourquoi, à Beyrouth, les noirs finissent toujours nettoyeurs et plongeurs dans la restauration ? ou pourquoi les pompistes sont Égyptiens ? ou pourquoi les Philippines sont mieux payées que les Sri Lankaises qui le sont mieux que les Bangladaises ? ou pourquoi quand on est Éthiopienne, on peut se faire molester tranquillement au pied de son consulat sans que cela ne dérange qui que ce soit ? ou pourquoi les employé-e-s de maison ne sont pas considérés comme des étrangers au même titre qu'un Français, un Américain ou un Iranien venu travailler pour un employeur libanais et qu'ils doivent passer par une porte spéciale à l'aéroport, genre triage du bétail à la Quarantaine ? Sans parler de cette ambiance qui fleure bon la traite négrière - une brillante invention arabe, celle-là - qu'on renifle à des degrés divers un peu partout dans les maisons.

Mais Mister et Madam sont pardonné puisqu'ils offrent un "emploi" qui permet de faire vivre toute une famille dans la banlieue de Manille, de Dacca, de Colombo ou d'Addis Abebba. À ce tarif, il va falloir songer à leur décerner la médaille du bon cœur. Et n'en déplaise aux âmes sensibles qui chaque soir font fiévreusement le calcul de leur empreinte carbone de la journée, au Liban c'est toujours moins pire qu'en Arabie Saoudite ou en Libye (rappelez-vous, la libanaise de femme du rejeton Khaddafi qui s'entrainait au Taekwondon sur son employée). Chez-nous, inutile d'user de la violence, les employées tombent toutes seules par la fenêtre ou se pendent dans leur chambre avec les draps. Celles qui restent en vie finissent par rentrer chez elles, car évidement, on va pas commencer en plus à les laisser s'installer. Déjà que les Palestinens...

Pourtant, une catégorie de travailleuse temporaires sauve la face ! Un peu à l'écart de la sous-traitance de ce qui ne sied pas au génie domestique libanais. Au contraire, c'est elle qui le trait, le pompe, s'assied dessus, se l'enfile par devant et par derrière et lui fait payer le champagne. Fuck me Mister ! Fuck you Madam ! 


Fight for my Freedom par Olivier Gasnier Duparc



En ces temps post printemps révolutionnaires, il est bon de se rappeler que nous aussi au Liban avons connu notre révolution, dite du cèdre, en 2005. Et nous voulons profiter de cette tribune pour rappeler le rôle primordial joué par les « gens de maison ». Ceux qui, dans le froid hivernal du soleil de Mars, préparaient les thés et cafés pour les retours des cedro-révolutionnaires, ceux qui, entre l'achat des cigares de Monsieur et la vaisselle de Madame, devaient trouver le temps de repasser les tenues camouflage des guerriers en Ray Ban, et ceux qui, dans le danger constant des rassemblements pacifiques, portaient haut les affiches contestatrices « Madam want Syria out ».
« Come Marguerite, we go fight for my freedom.
-Yes Madam. »

Tous les maux réunis par Wassim Maouad


Conversation téléphonique entre Mala et ses amies par Zeina Bassil


Dos du couverture dessiné par Taghrid Darghout


Tres joli "Centerfold" par Joelle Achkar


La servitude dessinée par Jana Traboulsi


"Morra" Dessin de couverture par Lamia Ziade


Madame vue par Benoit Debbane


Rami Tannous met en scène Ranji devenu esclave


Un extrait de la BD poignante de Joseph Kai


Yasmina Baz s'éclate avec le langage "sri-libanais"